Lara Fabian : Interview exclusive pour la sortie de son nouvel album !

Crédit photo : Filip Van Roe

 

Elle fait son grand retour, deux ans après la sortie de son dernier album Ma vie dans la tienne. Vingt ans après le début de son histoire d’amour avec son public français, cette fois-ci, la chanteuse de 47, aux plus de 20 millions de disques vendus part à la conquête du monde avec son nouvel opus tout en anglais Camouflage. Plus libérée et apaisée que jamais, l’artiste n’en finit pas de surprendre et d’oser. Et ce, pour notre plus grand plaisir… Rencontre avec une femme solaire.

Propos recueillis par Grégory Ardois-Remaud

 

 

Lara, vous revenez au mois d’octobre avec votre 5 è album international, le premier anglophone original depuis 13 ans. Pourquoi une telle attente ?

Cela fait effectivement beaucoup de temps. Même si j’ai interprété plusieurs titres dans d’autres langues au cours de ces dernières années, y compris plusieurs titres originaux en anglais, « Mademoiselle Hyde » (extrait de l’album Mademoiselle Zhivago qui a cartonné en Europe de l’Est ndlr) par exemple. Mais je n’étais pas prête pour un album complet en anglais. Avec les rencontres et changements récents dans mon entourage professionnel, j’ai eu envie de revenir avec un projet musical en anglais. Camouflage en est le résultat.

Avec le recul, quel regard vous portez sur vos précédentes expériences dans le monde anglophone ? Un échec ?

Un titre  comme « I will love again »  au top des Billboard Dance Charts (Top 50 Dance US ndlr) pendant des semaines, ou Barbra Streisand qui vous téléphone pour vous parler d’une reprise d’un titre comme  « Broken Vow » , Spielberg qui vous demande d’interpréter « For Always », pour le Soundtrack de A.I- Artificial Intelligence, en travaillant avec une légende comme John Williams (compositeur notamment des bandes originales de Star Wars ou Harry Potter, plusieurs concerts depuis des années aux USA et dans d’autres pays avec ce répertoire en anglais… Des « échecs » comme ceux-là, j’en veux bien.

 

 

« Camouflage ? C’est un album plein de couleurs différentes, un son pop, made in Sweden de Moh Denebi, peut-être inattendu pour beaucoup de mes fans, eux qui ont l’habitude de m’écouter dans un registre plus « chansons française » »

 

 

Cet album s’appelle « Camouflage ». N’est-ce pas étrange comme titre pour l’auteur, la compositrice que vous êtes, qui a toujours eu à cœur de partager ses joies ou ses blessures les plus intimes ?

Ce titre, est également le titre d’une des chansons sur l’album, et qui parle justement du sujet …

Comment vous définiriez cet album ?

Un album plein de couleurs différentes, un son pop, made in Sweden de Moh Denebi, peut-être inattendu pour beaucoup de mes fans,  eux qui ont l’habitude de m’écouter dans un registre plus « chansons française » ou « ballade classique ». En même temps, c’est un album qui est dans la continuité logique de mes albums précédents anglophones, qui reflétaient eux aussi le son de leur époque.  Et des textes écrits en collaboration avec la magnifique Sharon Vaughn, une légende de la musique américaine.

 

 

 

Growing wings est le premier single de ce nouvel album.

 

 

Et le premier single « Growing Wings » à la pochette très sombre? 

Cela dépend du regard que vous portez. Je voix plus l’aspect « espoir » et reprendre le contrôle de soi même, symbolisé par les ailes dessinées sur le mur.  Reprendre ses forces dans des moments de difficultés, c’est le sujet du titre, et je trouve que cet image reflète bien le texte ainsi que le clip du titre.

Vous vous êtes entourés d’une équipe prestigieuse pour cet album. Comment s’est passé la création et l’enregistrement?

Camouflage est le résultat de cette rencontre avec ces deux belles personnes que sont Moh Denebi et Sharon Vaugn.  Moh est l’un des plus grands talents du nouveau « sound pop » suédois que vous entendez chez The Weeknd, Katy Perry… et bien d’autres titres anglophones, sans forcément savoir que ces titres sont originaires de Stockholm. Sharon est une légende aux USA. Elle vient d’ailleurs juste d’entrer dans le « Hall of Fame » de Nashville, le « panthéon » de la musique américaine, pour ses contributions à la musique aux USA. C’était une collaboration tellement organique, fluide et facile. J’ai adoré cette expérience, qui était très différente de mes expériences précédentes anglophones.

 

 

« Le prochain album français est déjà prévu, pour fin 2018 »

 

 

La pochette de cet album n’est pas sans rappelé le clip de votre premier album anglophone « I will love again ». On doit s’attendre à un album aussi dance ?

C’est un album pop, Je ne dirais pas que c’est un album dance, même s’il y a quelques titres plus up tempo. Mais nous avons prévus des Remix. Le premier remix, de « Growing Wings », a été réalisé et produit par Offer Nissim, lui aussi une légende de la musique club. Et il y aura également des remix sur d’autres titres aussi.

En 2018, vous allez commencer une tournée. Pour l’instant, il n’y a qu’une seule date de prévue en France… Pourquoi si peu ?

La dernière tournée, Ma vie dans la tienne, était une tournée francophone, et nous avons eu plus de 20 dates en France. Camouflage World Tour sera une tournée internationale, avec un show presque entièrement en anglais. Nous avons prévu une quarantaine de dates, avec l’objectif de présenter l’album Camouflage à travers une trentaine de pays, dont plusieurs pays où je serai sur la scène pour la première fois. Le but est d’emmener le show dans le plus de pays possible. La prochaine tournée sera de nouveau une tournée francophone, à travers la France, la Belgique et le Québec, basée sur le prochain album en français, sur lequel je travaille déjà.

Justement, à quand un nouvel album français ?

Le prochain album français est déjà prévu, pour fin 2018. Avec une nouvelle tournée à travers la France, le Québec et la Belgique qui suivra.

 

 

 

« Choose what you love most (and let it kill you) » est le nouveau clip de la chanteuse. L’occasion de découvrir l’artiste plus apaisée que jamais.

 

 

En 2013, vous étiez revenue sur la période où vous étiez l’objet de moqueries sur votre voix. Est-ce qu’on peut dire que ces parenthèses internationales sont l’occasion d’exprimer qui vous êtes vraiment ?

Si vous écoutez les titres de mon dernier album en français Ma vie dans la tienne, vous verrez que je suis passé au-delà de cette question de « chanter trop fort », ou « déchanter ».  Je n’ai de compte à rendre à personne sur mes choix d’interprétations. C’est à chacun d’écouter et d’apprécier ou non. C’est déjà depuis quelque temps un « non-sujet » pour moi. Sur l’album Camouflage, il y a aussi des ballades douces, des chansons up tempo, et des grandes ballades en puissance vocale. Il n’y a pas de raisons de me limiter vocalement, comme il n’ y a pas de raisons d’être en puissance vocale sur les 12 titres d’un album.

 

Pour continuer sur cette fameuse pochette d’album, vous apparaissez ultra-sexy avec un joli décolleté. On se souvient également de vos photos dénudées dans Gala, il y a quelques années. La petite fille qui n’était pas à l’aise avec son corps s’est enfin métamorphosée et acceptée ?

Oui et non. Je pense que, sauf si on est top model, nous avons toujours une vision différente de notre physique ; Mais avec l’âge, on relativise beaucoup ce genre de questions, et ce par rapport à d’autres sujets plus essentiels dans la vie, comme la santé par exemple. Je n ‘ai plus vingt ans, et je n’essaye pas non plus de paraître comme si je les avais.  Je suis heureuse d’être la femme que je suis aujourd’hui.

A chaque sortie d’album, on a la sensation de découvrir une femme toujours plus apaisée, toujours plus sereine. C’est quoi votre secret, votre recette de bonheur ?

A chacun sa propre recette. Pour moi, le bonheur passe par une prise de conscience sur les vraies priorités dans la vie.  Faire la part des choses qui comptent vraiment, et celles qui n’ont pas d’importance ; De profiter de chaque instant dans la vie. D’être reconnaissante. Et avant tout, « être » et non « paraître » ou « avoir». .  Et de s’entourer de personnes qu’on aime, et qui vous aiment.  Le reste n’est que de l’illusion.

 

 

« Je suis heureuse d’être la femme que je suis aujourd’hui »

 

Tout simplement, êtes-vous heureuse aujourd’hui ?

Tout simplement, oui. (Elle sourit.)

 

Depuis le titre « La Différence » il y a 20 ans, vous êtes régulièrement intervenu pour défendre les droits LGBT (« Deux ils, deux elles » en 2012, la sublime photo d’Olivier Ciappa avec Eva Longoria, vous avez également participé à Fierté Montréal l’an dernier).  Qu’est-ce qui explique votre intérêt pour la défense des droits LGBT ? 

Mon engagement par rapport aux droits LGBT, vient d’un sens de justice, que je porte depuis mon enfance. L’égalité des droits et quelque chose qui n’est pas négociable, c’est un droit humain.  Au-delà des droits légaux, le respect des hommes et femmes, indépendamment de leur identité sexuelel, racial ou croyance, est quelque chose qui est indiscutable.  Je ne suis pas militante d’une autre cause que celle des droits humains, et de la cause de l’amour. Je suis heureuse de voir les progrès en ce qui concerne les droit légaux de la communauté LGBT en France, Allemagne et ailleurs. Mais il reste encore un long chemin à parcourir.

 

Pour prolonger ma dernière question, en lisant votre bio, on s’aperçoit que vous avez aussi fait des études de droit. C’est de là que vous vient votre soif d’égalité et de justice ?

Oui, certainement. J’avais l’intention de faire des études en droit, pour me spécialiser sur les questions qui me tiennent au cœur, surtout sur les questions touchant les enfants, les adolescents. Même si j’ai un parcours très différent, mon besoin de justice, d’égalité, et de respect, le rejet contre toute sorte de violence, est plus fort que jamais.

 

 

En 2013, l’artiste pose aux côtés de l’actrice américaine Eva Longoria pour Olivier Ciappa et sa fameuse série intitulée « Les couples imagnaires »

 

 

Au-delà de ces chansons, qu’est-ce qui à votre avis, attire le très nombreux public gay vers vous ?

Il est difficile de vous répondre à cette question, sans tomber dans des clichés sur les gays ou sans une auto-description caricaturale. Je pense qu’il y a autant de gays ou hétéros, qui m apprécie en tant que personne ou artiste, qu’il y a des gays ou hétéros qui n’aiment pas ma musique ou qui ne m’aime pas ; Et c est très bien comme cela ;

En 2013, vous déclariez au Parisien : « Je ne suis pas quelqu’un de tiède. ». Est-ce que c’est justement grâce à cette intensité que le public vous aime ?

Peut-être… Comme c’est peut être aussi la raison pour laquelle d’autres ne m’aiment pas. Dans tous les cas, je sais que je ne laisse pas les gens indifférent. Et j’en suis heureuse.

Normalement avec le temps, on s’assagit, on se nuance, on se tempère. Pas vous ?

Comme je le disais, on revoit les priorités dans la vie. On peut appeler cela « s’assagir ». Mais cela ne m’empêche pas de vivre à 100 %, sans modération.

 

 

« Martin Luther King a dit un jour que l’arc de l’univers moral est long, mais qu’il tend toujours vers la justice »

 

 

Pour revenir à la question LGBT, en 2011, vous avez chanté en Tchétchénie face au président Kadyrov. Est ce qu’avec le recul vous regrettez ?

En 2011, je ne savais pas grand chose sur la situation politique dans cette région. Je ne suis pas experte en géopolitique et je n’ai pas été informé que des hommes politiques seraient également présents parmi l’audience dans la salle à Grozny. Le concert était présenté comme un concert public surtout destiné aux femmes, majoritaires dans l’audience, et ce dans le cadre de la journée internationale  de la femme. Je suis entouré aujourd’hui d’une équipe, qui a une sensibilité différente  et les connaissances politiques, pour me guider.  En même temps, je pense qu’ il est plus utile d’aller dans ces pays, et chanter « La différence » , avec les images des « couples imaginaires » de Olivier Ciappa défilant sur l’écran, comme je l’ai fait lors de ma dernière tournée, en Russie et ailleurs, que de simplement rester dans notre zone de confort en Europe occidentale.  Je sais à quel point c’est important pour la communauté LGBT en Russie, Europe de l’Est, au Moyen Orient,  dans les Balkans,  de les soutenir, en y allant, en s’engagent activement sur place. Je préfère porter à travers mes chansons, et interviews, un message de respect et d’amour, partout, et encore plus là où  les hommes et femmes ont le plus besoin.

 

Votre regard sur ce qui se passe pour la communauté homosexuelle aujourd’hui en Tchétchénie ?

J’ai lu des articles et j’ai eu des entretiens à propos de ces atrocités. Je suis au courant de certaines démarches concrètes, qui ne sont pas toujours rendus public, pour mettre un terme  à ces horreurs. Les communautés LGBT, comme les femmes, et les enfants, sont parmi les plus vulnérables dans des pays ou régions où l’état de droit  n’existe pas. Ou parfois même l’état, tout court, n’existe plus, comme en Syrie, en Libye ou en Somalie.

 

En juin dernier, le comité d’éthique français s’est montré favorable à ce que la PMA soit ouverte aux femmes célibataires, ou aux couples de femmes lesbiennes. Quel est votre sentiment, vous qui êtes belge, pays qui autorise la PMA et la GPA pour les couples homosexuels ?

En Belgique, ces questions ont été réglées presque naturellement, sans qu’une force politique importante se soit opposée à ces reformes avançant l’égalité des couples LGBT par rapport aux couples hétéros. Martin Luther King a dit un jour que l’arc de l’univers moral est long, mais qu’il tend toujours vers la justice.

 

 

 

Camouflage est le nouvel album de Lara Fabian qui sortira le 6 octobre

 

 

Vous êtes aussi maman d’une jeune fille de 10 ans. Comment réagiriez-vous si elle vous disait dans quelques années qu’elle est tombée amoureux d’une autre fille ?

Ecoutez les paroles de “Deux Ils, deux Elles” et de “le Coeur qui tremble”, titre dedié a ma fille. Ma réponse est dans ces chansons… (Elle sourit)

Et à quand un duo avec Céline Dion ? Vous savez que nombreux sont ceux qui en rêvent…

Demain ? C’est quand elle veut.

Un petit mot pour nos lecteurs ?

Juste un grand merci à tous ceux qui m’ont suivi à travers ces années. Et pour tous les autres, écoutez mon nouvel album Camouflage, sans préjugés…, et peut- être que vous ferez une découverte. 😉

 

Grégory Ardois-Remaud
Grégory Ardois-Remaud

Rédacteur en chef au sein de la rédaction de Garçon Magazine depuis 2016, mais également animateur radio depuis 2014, je vous propose, avec ce blog, de partir à la rencontre d’une actualité diverse et sortant des sentiers battus. Politique, société, culture ou médias, plus aucune info ne pourra désormais vous échapper, pour enfin briller en société.

1 Comment

Laisser une réponse

Votre mail ne sera pas publié

Mon rêve ? Travailler avec un chat au bureau

 

Rédacteur en chef adjoint au sein de la rédaction de Garçon Magazine depuis 2016, mais également animateur radio depuis 2014, je vous propose, avec ce blog, de partir à la rencontre d’une actualité diverse et sortant des sentiers battus. Politique, société, culture ou médias, plus aucune info ne pourra désormais vous échapper, pour enfin briller en société.

SUIVEZ-MOI SUR

Mon livre coup de ❤ du moment