Théâtre – Le Lauréat : Vivre ou survivre ?

 

 

Adapté par Terry Johnson, cette version française du film culte de Mike Nichols sortie en 1967, est à l’affiche du Théâtre Montparnasse de Paris jusqu’à fin juin prochain. Un texte qui n’a rien perdu de sa modernité et de sa perversité, finalement salvatrice. Aidé par une mise en scène efficace signée Stéphane Cottin, et des comédiens à la hauteur du pari, à l’instar d’Anne Parillaud, qui signe ici ses véritables premiers pas théâtraux sous les traits de la sulfureuse Madame Robinson, le Lauréat bouscule et ne laisse clairement pas indifférent…

Par Grégory Ardois-Remaud

 

 

Dans une Amérique engoncée dans ses valeurs puritaines, qui se débat encore avec ses illusions d’American Dream, Benjamin Braddock, jeune diplômé à l’avenir prometteur semble désespéré devant la route toute tracée que lui propose ses parents. Un soir de réception dans la demeure familiale, il se retrouve dans sa propre chambre, face à Mrs Robinson, femme connue pour son alcoolisme, moquée par ses congénères car ne collant pas aux diktats de la société, et sans tabou. S’offrant à lui avec désinvolture, la quadragénaire et son jeune comparse vont s’allier dans la transgression d’un monde absurde aux codes étriqués. Une transgression menaçante, mais nécessaire, qui leur permettra peut-être de s’offrir un happy end où l’espoir sera à nouveau permis…

 

 

Un vice autant dérangeant que jouissif

 

 

Quand on sait que l’on doit au même réalisateur, le film Closer (entre adultes consentants) sorti en 2004 et l’adaptation du roman de Charles Webb, The Graduate (à l’origine de cette adaptation), diffusé en salles en 1967, on n’est pas surpris de retrouver dans ces deux œuvres  le même vice déconcertant, autant dérangeant que jouissif. Que ce soit dans la bouche de Clive Owen, de Nathalie Portman pour la première, ou dans celles de Anne Bancroft et Dustin Hoffmann pour la seconde, la perversité inonde le champ. Une perversité qui met à jour les désillusions, pour enfin les dépasser.

 

 

Jusqu’où la transgression ira-t-elle pour Benjamin (Arthur Fenwick) et Mrs Robinson (Anne Parillaud) ?
(c) LP/ Olivier Lejeune

 

 

Avec cette adaptation théâtrale de Terry Johnson, transposée dans la langue de Molière par Christopher Thompson, le Lauréat subjugue toujours autant, et saisit tant il interroge sur notre société actuelle. Notre passivité face à la vie, n’est-elle finalement pas plus dangereuse que la transgression ? Habilement mis en scène par Stéphane Cottin, cette pièce révèle aussi le pouvoir du rire, à travers des répliques qui font mouche.  En effet, sur un ton comique, qui n’est pas sans rappeler les grandes comédies de mœurs à l’instar d’American Beauty, la force du drame s’intensifie au fur et à mesure que s’enchaînent les tableaux élaborés avec une justesse légèrement salée. Comme pour la chanson Mrs Robinson de Simon and Garfunkel et sa mélodie légère, créée pour le film de 1967, l’ironie n’est jamais très loin, et la puissance des extraits musicaux entre les scènes subliment une composition, elle-même, transgressive.

 

 

Et si Mrs Robinson essayait de sauver Benjamin pour éviter qu’il ne fasse les mêmes erreurs qu’elle ? 

 

 

Et que dire des comédiens ? Si Arthur Fenwick révèle à nouveau toute la puissance de son jeu, Anne Parillaud impressionne dans ce rôle de femme sulfureuse, délicieusement vénéneuse, et langoureusement stratège. On éprouve un délicieux plaisir coupable à voir Benjamin manipulé par cette fausse mante religieuse. Ce rôle semble fait pour elle, tant sa voix suave et sa grâce, complexifient la faiblesse d’une femme profondément désenchantée, qui finit par nous toucher. En fin de compte, et si Mrs Robinson essayait de sauver Benjamin pour éviter qu’il ne fasse les mêmes erreurs qu’elle ? La principale différence d’avec le film est d’ailleurs, sans doute, la mise en avant du personnage de Mrs Robinson et de sa complexité. Ce n’est sans doute pas un hasard si ce personnage apparaît sur l’affiche du spectacle à la place même que Benjamin occupe sur l’affiche du film, à l’origine de la pièce. Non, le Lauréat, ce n’est pas juste une femme volage qui couche avec un jeune adulte influençable. C’est avant tout la rencontre d’un désespoir commun, de deux prisonniers qui font le choix de transgresser pour survivre à la stupidité du monde qui les entoure.

 

 

 

Mrs Robinson, véritable mante religieuse ou femme blessée ?

 

 

On salue aussi la prestation des autres comédiens qui jouent tous plusieurs rôles durant la pièce, ce qui ajoute un certain nombre de moments troublants, dans une lecture qui s’avère multiple. A cet égard, mention spéciale pour Françoise Lépine (et ses divers talents, les spectateurs comprendront) qui pousse la salle au fou rire, au milieu d’une ambiance pourtant des plus glauques.

C’est ça finalement le Lauréat, le rire soulignant l’absurdité des situations, au milieu d’un drame effroyable, qui nous pousse finalement à nous interroger sur nos propres conditions.  On ne peut que vous conseiller d’aller voir cette pièce, sûrement l’une des plus réussies de cette saison théâtrale.

 

 

 

 

 

Renseignements: theatremontparnasse.com

 

 

Grégory Ardois-Remaud
Grégory Ardois-Remaud

Rédacteur en chef au sein de la rédaction de Garçon Magazine depuis 2016, mais également animateur radio depuis 2014, je vous propose, avec ce blog, de partir à la rencontre d’une actualité diverse et sortant des sentiers battus. Politique, société, culture ou médias, plus aucune info ne pourra désormais vous échapper, pour enfin briller en société.

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