Chez Papa Papou : « Il y a aussi beaucoup de parents hétéros, à qui nos vidéos parlent, et qui nous écrivent ! »

Quelques mois avant d’accueillir Arsène, Emil et Yo ont crée leur chaîne consacrée à la parentalité (mais pas que!).

 

 

Bien faire son shopping pour bébé sur Internet, meilleurs livres jeunesse qui luttent contre les stéréotypes de genre, berceuses ou encore perte de la libido après l’arrivée d’un enfant… Autant de thèmes abordés par les deux papas d’Arsène [17 mois], Emil, 30 ans, réalisateur free-lance, visage de cette chaîne Youtube, et Yo, 45 ans, son mari depuis 2014, journaliste et autre tête pensante du projet né en juillet 2016. Aspirant à visibiliser et banaliser l’homoparentalité, ces deux habitants de Reims [Marne] comptent plus de 2500 abonnés et donne un sacré coup de pied dans la fourmilière des contenus/clichés consacré à la parentalité. Et ça fait du bien!

Propos recueillis par Grégory Ardois-Remaud

 

 

En quelques mots, comment décririez-vous votre chaîne pour ceux qui ne la connaissent pas encore?

Emil : Il s’agit de chroniques vidéos sur la parentalité, qui s’adressent à tous. Homos, hétéros, parents ou non!
Yo : En quelques mots ? Fun, informatif, interactif et militant!

 

Vous avez créée cette chaîne en juillet 2016. Qu’est-ce qui a motivé ce projet ?

: On trouvait qu’il y avait très peu de contenus sur l’homoparentalité… On avait vraiment envie de donner à voir cette homoparentalité réelle, concrète, celle qu’on ressent au quotidien, loin des débats politiciens qui avaient jusqu’alors confisqué le sujet. Mais on voulait aussi une approche assumée et optimiste des choses, simplement pour dire avec le sourire que oui, c’est possible de fonder une famille quand on est homo.

 

 

« Ce n’est pas parce que nous sommes devenus des parents que nous ne sommes soudainement plus que ça! »

 

 

Au-delà de votre homoparentalité, vous dites que, homos ou hétéros, les situations parentales sont les mêmes, alors quel est votre petit plus dans le contenu par rapport aux nombreuses autres chaînes existantes sur la parentalité?

E : Notre petit plus tient peut-être dans notre regard décalé. Nous abordons plein de questions sérieuses et universelles mais toujours sur un ton léger. La vie de parents est déjà suffisamment stressante comme ça [rires]. Après, c’est vrai que lorsque l’on propose des conseils de lecture, on va s’orienter sur des livres qui sortent de l’ordinaire, avec des personnages inspirants, des héros LGBTQ, des histoires qui luttent contre les stéréotypes de genre…
Y : On s’en donne aussi à cœur joie pour décortiquer la presse parentale et ses nombreux clichés !

 

Ce qui vous distingue, des nombreuses autres chaînes sur cette thématique, est aussi que vous abordez des sujets autres que parentaux [tels que la sexualité, etc.]. D’ailleurs votre slogan, c’est « Car on n’est pas que des parents. » Une façon de déconstruire le cliché du parent qui n’a plus de vie ni de sexualité?

Y: On est convaincu que la sexualité des parents ne disparaît pas à la naissance des enfants. Ce n’est pas parce que nous sommes devenus des parents, que nous ne sommes, soudainement, plus que ça !
E: Enfin, c’est vrai que les premiers mois après l’arrivé de bébé, on préfère profiter des rares moments au lit pour dormir [rires]. Mais  on défend l’idée qu’on peut être père, tout en restant un bon mari, épanoui et sexy! Parler biberons, mais aussi évoquer le rêve lointain de soirées festives de Barcelone, disserter sur les bodies, mais aussi fantasmer sur un beau mec dans Garçon magazine… Tout cela n’est pas incompatible !

 

 

En plus d’aborder la parentalité, Chez Papa Papou évoque également d’autres thématiques comme le couple ou la sexualité.

 

 

On peut imaginer que le poids du regard de la société peut donner plus de pression aux familles homoparentales. Vos vidéos sont-elles aussi une façon d’essayer de rassurer ?

Y : C’est probable que, pour certains, l’appréhension du regard de la société sur sa famille, de la manière dont les autres parents d’élèves vont les regarder à la sortie de l’école, peut être dur à porter. Après je pense que dès lors qu’on est bien dans ses pompes et que l’on
transmet son amour et cette fierté à son enfant, il n’y a vraiment rien qui peut nous atteindre.
E : La chaîne est là pour normaliser cette réalité-là : oui, on peut avoir deux papas ou deux mamans, et oui, les enfants élevés dans ces familles se portent aussi bien que les autres.

 

Qui sont vos abonnés? Le seul public LGBT?

E: C’est vrai qu’on a beaucoup d’abonnés LGBTQ, des jeunes qui rêvent, un jour, d’avoir des enfants, des familles homoparentales heureuses d’être représentées… Mais il y a aussi beaucoup de parents hétéros, à qui nos vidéos parlent et qui nous écrivent.

 

 

« On n’échappe pas aux messages malveillants qui pensent que l’idéologie du « puissant lobby LGBT » s’abat sur le monde et que nous en sommes l’incarnation maléfique ! [Rires] »

 

 

Et que vous disent ces familles hétéros?

Y : Bien sûr, on n’échappe pas aux messages malveillants qui pensent que l’idéologie du « puissant lobby LGBT » s’abat sur le monde et que nous en sommes l’incarnation maléfique ! [Rires]
E : Mais la plupart du temps, on reçoit des messages de parents très enthousiastes qui nous félicitent et nous encouragent à poursuivre, ou encore nous remercient pour tel ou tel petit conseil…

 

Comme ?

Y : Il demeure très compliqué en France de fonder une famille quand on est homo, ou même d’obtenir des informations fiables. Donc logiquement, beaucoup de messages nous interrogent sur notre parcours… C’est indispensable de s’entraider!

 

 

Assumant un ton décalé, les deux papas n’en sont pas moins militants. Ils sont notamment engagés auprès de l’association Contact qui favorise la communication entre les LGBT, leurs familles et leurs amis. Yo est aussi membre de l’Association des journalistes LGBT.

 

 

Justement, revenons sur votre parcours personnel. Votre fils Arsène est né, en 2016, d’une gestation pour autrui, aux États-Unis. Pourquoi ce choix plutôt que l’adoption ?

Y : Nous avons d’abord commencé par envisager l’adoption. C’est aussi, pour cela, que nous nous sommes unis en 2014. Une fois mariés, nous avons monté notre dossier d’adoption, puis après de nombreux rendez-vous avec une assistante sociale et une psychologue des services du département, nous avons obtenu l’agrément pour pouvoir adopter un enfant.
E : L’adoption est un processus très long et compliqué, pour tous les couples d’ailleurs. Et, pour ne rien arranger, à l’époque les conseils de famille, dont le rôle est de décider à qui ils confient les enfants adoptables, étaient plutôt frileux face aux dossiers de couples de
même sexe. Heureusement, depuis, les choses semblent avoir évolué positivement!
Y : On s’est alors renseigné, en parallèle, sur la GPA. Nous nous sommes tournés vers les États-Unis, là où cette pratique est non seulement légale, éthique, encadrée, mais aussi valorisée socialement pour les femmes qui décident de porter l’embryon d’un autre couple. C’est même quelque chose qu’elles peuvent ajouter sur leur CV. C’est vraiment vécu et ressenti là-bas comme une bonne action, un « superpouvoir » pour permettre à d’autres de fonder une famille. C’est donc comme ça que nous sommes devenus pères.

 

Avez-vous toujours eu ce souhait d’enfants ?

E : Me découvrant homo adolescent, j’avais plutôt tendance à enfouir ce rêve de paternité, afin de ne pas souffrir ensuite de ne jamais pouvoir être père… Finalement, j’ai pu déterrer ce rêve, m’autoriser à y croire et le vivre au quotidien aujourd’hui! [Sourire ému]
Y : Pour ma part, c’est en rencontrant Emil que ce souhait a pris tout son sens.

 

 

« On aimerait beaucoup agrandir la famille. Notre agrément
pour l’adoption d’un enfant court toujours… »

 

 

Vous pensez à agrandir la famille?

Y : Oui, on aimerait beaucoup. Notre agrément pour l’adoption d’un enfant court toujours…
E : L’adoption, c’est une démarche qui nous tient toujours très à cœur, c’est notre premier projet, celui qui nous fait cheminer dans la construction de notre parentalité… Donc, on croise les doigts !

 

Quels sont vos nouveautés à venir pour la chaîne?

E : Dans les prochaines semaines, on va y accueillir des invités, afin de parler d’encore plus de sujets qui concernent la vie des parents et des futurs parents.

 

 

 

 

 

Pour découvrir la chaîne, c’est par ici !

Crédits photos : (c) Chez Papa Papou

 

 

 

 

Grégory Ardois-Remaud
Grégory Ardois-Remaud

Rédacteur en chef au sein de la rédaction de Garçon Magazine depuis 2016, mais également animateur radio depuis 2014, je vous propose, avec ce blog, de partir à la rencontre d’une actualité diverse et sortant des sentiers battus. Politique, société, culture ou médias, plus aucune info ne pourra désormais vous échapper, pour enfin briller en société.

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Rédacteur en chef adjoint au sein de la rédaction de Garçon Magazine depuis 2016, mais également animateur radio depuis 2014, je vous propose, avec ce blog, de partir à la rencontre d’une actualité diverse et sortant des sentiers battus. Politique, société, culture ou médias, plus aucune info ne pourra désormais vous échapper, pour enfin briller en société.

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